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Nature : Le Cap d’Ailly : « un espace naturel à découvrir »

Le site du Cap d’Ailly est l’un des rares massifs forestiers du haut de falaise dans notre région. C’est un lieu exceptionnel sur de nombreux points de vue : géologique, floristique, faunistique et paysager.
Ce boisement appartient pour une grande partie à la commune de Sainte Marguerite sur mer et au Conservatoire du Littoral (environ 50 ha). On y retrouve une véritable mosaïque de milieux : Futaie de pins, taillis de feuillus, landes humides atlantique, réseau de mares...
De nombreuses espèces protégées sont présentent sur le site.


Des caractéristiques géologiques uniques en Normandie

Le site est situé sur le « synclinal de Varengeville », caractérisé par une faible élévation des falaises de craies (35 mètres au plus bas). Les formations tertiaires qui se sont accumulées au-dessus sont uniques en Normandie.
La présence de nappes phréatiques (entre 2 et 12 mètres de profondeur) qui s’écoulent vers la mer engendre une érosion importante des falaises caractérisée par un profil de glissement de trois sous falaises appelées « frettes ».


Une érosion intense

Ces formations se caractérisent par des nappes aquifères au sommet des argiles et dans les niveaux sableux ou caillouteux. Il en résulte une forte instabilité due à l’alternance de matériaux perméables (sables) et imperméables (argiles), saturés par l’eau des deux nappes qui s’écoulent vers la mer. Dans ces conditions, il se forme un front d’érosion de 4 Km de long sur 50 à 250 m de large. Ce sont les « frettes », où des pans entiers de matériaux en place se décollent et forment des crevasses pour glisser sur les replats. Elles se composent schématiquement de 3 arrières falaises et 3 replats plus ou moins masqués par les glissements de terrains.

L’érosion agit sur le haut de falaise (-80 m depuis 1930) et sur le bas de la falaise (-60 m en 100 ans).
Le premier phare (1775) situer à 156 m des frettes s’est écroulé en 1964, soit un recul moyen annuel de 0,90 m.
La régression peut être localement spectaculaire. En 1966, à une distance de 300 mètres du phare, la falaise à reculé de 250 m en 18 mois, soit 166 m/an.
Le suivi du bord des falaises au G.P.S. (Global Positionning Système) a permis de constater que le recul avait été de 20 m en 9 ans (dessin du trait de côte sur le plan cadastral de 1991), soit une moyenne de 2 m/an.


La flore du bois de l’Ailly

Un échantillon de la flore du Cap d'Ailly

L’eau est omniprésente sur le site et a permis l’installation d’une flore tout à fait particulière, similaire à celle des massifs cristallins d’Ecosse et de Bretagne.

En effet l’humidité du sol et le caractère acide des matériaux géologiques du tertiaire ont engendré des paysages de lande atlantique humide uniques dans le département.

Néanmoins, l’abandon des activités pastorales très présentes au début du siècle dernier entraîne irrémédiablement un boisement des terrains et donc une modification des caractéristiques floristiques du secteur.

Ainsi, la végétation du site est largement dominée par les peuplements forestiers (pinèdes, futaies et taillis). Toutefois, on rencontre encore de nombreuses landes relictuelles de faibles surfaces. Certaines sont très dégradées par la molinie bleue (une graminée envahissante) et la colonisation spontanée des ligneux. On peut malheureusement craindre une banalisation des milieux.

Aujourd’hui, 196 espèces végétales ont été recensées par le Conservatoire des Sites Naturel de Haute-Normandie.
Selon l’ « Inventaire de la flore vasculaire de Haute-Normandie » 42 espèces se dégagent du lot :

  • 3 espèces exceptionnelles
  • 6 espèces très rares
  • 3 espèces rares
  • 9 espèces assez rares
  • 21 espèces peu communes
La grande majorité de ces plantes est inféodée aux milieux ouverts du site et en particulier aux landes.

Les espèces végétales les plus menacées sont les suivantes :

Menace

Nom scientifique

Nom français

Protection

Espèces gravement menacées d'extinction

Genista anglica

Genêt d'Angleterre

Régionale

Epipactis palustris

Epipactis des marais

Régionale

Salix repens subsp . repens

Saule rampant

 

Ulex gallii

Ajonc de Le Gall

Régionale

Espèces menacées d'extinction

Drosera rotundifolia

Rossolis à feuilles rondes

Nationale

Erica tetralix

Bruyère à quatre angles

 

Pedicularis sylvatica

Pédiculaire des bois

 

Espèces vulnérables

luzula multiflora congesta

Luzule ramassée

 

Juncus bulbosus

Jonc bulbeux

 



Toutes ces espèces sont menacées d’extinction à l’état sauvage à plus ou moins long terme dans la région Haute-Normandie. Le cap d’Ailly joue donc un rôle de tout premier plan dans la protection et la conservation d’espèces végétales menacées localement.

L’intérêt floristique est donc indéniable. Cependant, les espèces remarquables sont pour la plupart liées à la présence des landes et les espèces exceptionnelles et protégées sont exclusivement inféodées aux milieux ouverts.

Les landes constituent donc l’intérêt majeur du site d’un point de vue botanique.


La faune du Cap d’ailly

La diversité de la faune du Cap d'Ailly


L’avifaune

Mésange boréale, une des nombreuses espèces présentes sur le Cap d'Ailly

Le Cap d’Ailly, compte tenu de la diversité des milieux naturels en présence, constitue un écocomplexe très favorable, à la fois pour la nidification de plusieurs espèces d’oiseaux, mais aussi comme étape migratoire pré et postnuptiale et comme station d’hivernage.

Un inventaire réalisé par le Groupe Ornithologique Normand a permis d’observer 75 espèces d’oiseaux sur le site ou aux abords de celui-ci.

Quelques espèces peu communes sont à signaler :

  • Mésange boréale
  • Mésange noire
  • Pétrel fulmar
  • Chouette chevêche
  • Hibou moyen duc
  • Pic noir


Les mammifères

De nombreux mammifères peuplent le Cap d'Ailly








Le site du Cap d’Ailly et plus particulièrement le bois accueille régulièrement 16 espèces de mammifères.







Insectivores :
  • Musaraigne aquatique
  • Musaraigne couronnée
  • Musaraigne musette
Canidés :
  • Renard
Lagomorphes :
  • Lapin de garenne
Rongeurs :
  • Ecureuil
  • Campagnol roussâtre
  • Campagnol agreste
  • Mulot gris
  • Rat surmulot
Artiodactyles :
  • Sanglier
Mustélidés :
  • Belette
  • Blaireau


Les Amphibiens

Salamandre tachetée

9 espèces d’Amphibiens sont fréquemment observées sur le site :

- Salamandre tachetée
- Triton alpestre
- Triton crêté
- Triton palmé
- Crapaud commun
- Alyte accoucheur
- Grenouille rousse
- Grenouille verte
- Grenouille agile

Au centre de la partie ouest du bois se situe une mare relativement ancienne qui avait la réputation d’être l’une des plus riches de la Haute-Normandie pour ses amphibiens.
Aujourd’hui son potentiel d’accueil est fortement amoindri par une présence importante d’espèces exotiques introduites dans le milieu (poissons rouge et tortues de Floride).


Les reptiles

Lézard vivipare






3 espèces sont présentes :

- Lézard vivipare
- Orvet
- Vipère péliade


Les Orthoptères (criquets, sauterelles et grillons)

Les Orthoptères








Dix espèces ont été identifiées par le Conservatoire des Sites Naturels de Haute-Normandie en 2002









Sous-ordre

Famille

Nom scientifique

Nom français

Rareté en
Haute-Normandie

Ensifères

Tettigoniidées

Pholidoptera giseoptera

Decticelle cendrée

Très commun

Conocephalus fuscus

Conocéphale bigarré

Très commun

Metrioptera brachiptera

Decticelle des bruyères*

Rare

phaneroptera falcata

Phanéroptère commun

Assez rare

Caelifères

Acrididés

Chorthippus brunneus

Criquet duettiste

Commun

Chorthippus parllelus

Criquet des patures

Très commun

Chorthippus biguttulus

Criquet mélodieux

Très commun

Tétrigidés

Tetrix undulata

Tetrix des clairières

Commun

Tetrix subulata

Tetrix riverain

Assez rare

Tetrix ceperoi

Tetrix des vasières

Rare


* La Decticelle des bruyères fréquente essentiellement les landes humides à bruyère.


Une gestion concertée

Depuis de nombreuses années la Commune de Sainte Marguerite-sur-mer a pris la mesure de la richesse de son territoire. Elle s’est donc efforcée de s’entourer de partenaires technique et financier à la hauteur des enjeux patrimoniaux du Cap d’Ailly. Ainsi, un comité de gestion se réunit au moins une fois par an pour cautionner les différentes interventions réalisées sur le site.


- En 1996, la commune a signé une servitude de protection du Cap d’Ailly avec le Conservatoire de l’Espace Littorale et des Rivages Lacustres. Depuis cette date, cet organisme finance des travaux de réhabilitation écologique et procède à l’acquisition de nouveaux terrains limitrophes au site.

- Depuis 1999, le Cap d’Ailly est classée comme Espace Naturel Sensible de Seine-Maritime. Le Conseil Général s’engage aux cotés de la commune afin de gérer et de valoriser le site.

- D’autres partenaires interviennent régulièrement dans la gestion du Cap d’Ailly en apportant leur contribution technique ou financière : Conservatoire des Site Naturel de Haute Normandie, Office National des Forêts, Agence de l’eau …


Principaux axes de gestion

Afin de mieux connaître l’état du milieu naturel et en dégager une politique de gestion, le Conservatoire du Littoral a financé une étude et l’élaboration d’un plan de gestion sur 10 ans.


Les milieux ouverts :

constat : Au début du siècle dernier, le Cap d’Ailly était beaucoup moins boisé qu’aujourd’hui. De nombreuses activités pastorales entretenaient les landes du secteur. La colonisation de ces milieux par la forêt a entraîné la banalisation de la flore.

actions préconisées : Accroître les surfaces de milieux ouverts. Ceci en réouvrant quelques clairières dans le bois de l’Ailly, le cortège floristique des landes devrait alors réapparaître. Puis il faut réinstaurer un pâturage afin d’entretenir ce biotope. Ainsi depuis 2002, des moutons de race rustique du Conservatoire des Sites Naturels de Haute-Normandie interviennent sur le site.


Les milieux forestiers :

constat : Ils se décomposent en deux modes sylvicoles – Les taillis de feuillus très appauvris (bouleau et chêne), et les futaies de résineux vieillissantes (pin maritime et pin sylvestre).

actions préconisées : Dans les taillis de feuillus, il faut réaliser des éclaircies forestières en favorisant les essences d’arbres les moins représentées. Le but est de dépresser les arbres et de diversifier le peuplement.
Dans les futaies de pin, il est impératif de faire des éclaircies de régénération afin que de jeunes semis de pin puissent se développer. Le but est d’assurer la pérennité du massif.
Des arbres morts, à terre ou sur pied, seront conservés de manière éparse sur l’ensemble du bois.
Les différents travaux forestiers devront se faire avec des méthodes les plus douces possibles.


Les milieux humides :

constat : Le Cap d’Ailly possède de nombreuses mares qui en font un site de reproduction très important pour les amphibiens. Les mares forestières se comblent très rapidement.
actions préconisées : La végétation la plus proche des mares sera limitée afin de favoriser l’éclairement et éviter que les branchages s’accumulent au fond de celles-ci. Des curages périodiques seront réalisés et les berges seront profilées en pentes douces.


Découvrez également le Cap d'Ailly grâce au reportage vidéo de www.seinemaritime.tv

Source : Aurélien Landelle

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